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Obama et sa réforme de santé

La Chambre des représentants a adopté samedi 7 novembre le projet de loi sur la réforme de l’assurance maladie, voulue par Barack Obama, à 220 voix pour et 215 contre. RéSo fait le point sur cette réforme.

mis en ligne le 10 novembre 2009 - 973 visites

Le 20 janvier 2009, en prenant ses fonctions à la Maison Blanche, Barack Obama avait prévenu : Change may be hard ! Pour certains ce changement n’est pas assez radical, pour d’autres, Barack Obama pactise avec le socialisme* en imposant des réformes sociales allant contre le fondement même de la culture centriste et bipartisane des Etats-Unis.

La réforme de l’Assurance maladie en est l’exemple typique, tant elle a fait couler d’encre et a déclenché de polémiques. Quelques jours après ce premier vote et avant que les sénateurs ne s’emparent du débat, RéSo fait aujourd’hui le point de ce qui pourrait être la réforme la plus ambitieuse de l’Administration Obama ou peut-être son plus grand échec.

Les gouvernements français successifs ont eu beau blâmer notre sécurité sociale bien nationale, elle n’a pour autant rien à envier à la couverture maladie d’outre-Atlantique. Dans un pays où le choix individuel est quasiment un droit constitutionnel, la couverture sociale n’est pas automatique pour les américains. Deux systèmes d’assurance santé coexistent actuellement : Medicare, pour les plus de 65 ans et Medicaid, dédié aux personnes et aux familles à faible revenu et ressource. Toutefois, aucun de ces programmes ne finance entièrement le coût des soins, l’individu devra en payer une grande partie de sa poche ou recourir à une assurance privée. Ainsi, pour ceux qui le veulent et le peuvent (ou si l’employeur ne la propose pas), ils ont tout le loisir de souscrire un plan d’assurance maladie privé proposant différentes options et franchises. Au pays de l’Oncle Sam on assure sa santé et son avenir comme on envisage l’assurance « tous risques » ou « au tiers » de son 4 x 4. Les cotisations varient d’un extrême à l’autre, que vous soyez jeune et en bonne santé ou présentez des "Conditions préalables" comme le disait Hillary Clinton.

Triste constat, l’une des premières démocraties au monde laisse 30 millions de ses concitoyens sans couverture maladie. Dans le meilleur des cas, vous ne subirez qu’un dépassement d’honoraires non couvert par votre assurance, les moins chanceux quant à eux se voient contraints de refuser une opération, d’attendre un geste bienveillant de leur assureur ou de faire la queue dans un centre social déjà bondé. La vérité n’en est pas moins belle.

Alors que proposent Barack Obama et les démocrates du Congrès ? Mettons tout d’abord fin à un mythe, le plan d’assurance maladie adopté de justesse à la Chambre des représentants ne prévoit aucune nationalisation. Croire que le gouvernement américain veut spolier les assureurs privés de leur droit est aussi incongru que mettre Obama et Fidel Castro sur le même plan. Barack Obama, Nancy Pelosi** et Harry Reid*** ont pour objectif premier de proposer à ceux ne pouvant s’offrir de couverture maladie un plan financé par des fonds publics. Dans un deuxième temps, le plan proposé au Congrès impose une régulation des assureurs privés mettant fin à l’anarchie de la concurrence libre et non faussée en matière de santé et aux conditions préalables d’acceptation. En quelques mots, les américains désireux de conserver leur assureur privé, leur médecin personnel et leur contrat de couverture maladie auront tout le loisir de rester comme ils sont. Le processus ne prévoit qu’une régulation gouvernementale du système et de fournir aux plus démunis une couverture sociale. Sans pour autant aller jusqu’à la couverture maladie universelle. Louable intention, mais dans un pays où prononcer les mots d’options publiques est considéré comme un blasphème à la sacro-sainte liberté, ce plan a rencontré quelques difficultés.

Barack Obama est donc partagé entre son aile gauche pro-option publique et plan ambitieux et les électeurs indépendants (clé de toutes les élections) ne voyant pas d’un bon d’œil des dépenses publiques supplémentaires et une augmentation de la dette en période de crise économique à grande échelle. Le plan proposé actuellement coûterait 2 billions de dollars, faisant pâlir d’effroi les conservateurs, l’extrême droite américaine anti-Obama, Sarah Palin et Fox News, dont l’aveuglement face aux millions d’américains contraints de se rendre dans des centres sociaux pour quémander une consultation dentaire ou de spécialistes est plus qu’indécent.

Même si Barack Obama a essuyé récemment un revers électoral en perdant deux Etats démocrates aux élections des gouverneurs, son plan d’assurance maladie a pris un tour décisif il y a peu. Dans un premier temps, le plan voté à la commission des finances inclut une option publique pour les plus démunis ce qui était loin d’être acquis. Le sénateur Harry Reid semble avoir entendu les avertissements de sa base électorale du Nevada. Les républicains les plus modérés regrettent l’absence de compromis et menacent de bloquer indéfiniment le débat au Sénat en débauchant quelques démocrates conservateurs. Rappelons que la majorité nécessaire à l’adoption d’une loi et rendant inutilisable les outils d’obstruction parlementaire comme le Filibuster**** est de 60 sénateurs. Après le décès de Ted Kennedy, les démocrates n’en comptent plus que 59.

Enfin plus inattendu, l’Association américaine des retraités (AARP) vient d’apporter son soutien au projet de loi présenté demain à la Chambre des représentants. Les républicains essuient donc une légère déconvenue après avoir assuré que les retraités et les plus de 50 ans ne soutenaient pas la réforme Obama à grand renfort de sondages d’opinion et de clips télévisés.

Cette réforme n’est néanmoins pas acquise, si elle est passée de justesse à la Chambre, son adoption au Sénat est plus qu’incertain. De nombreuses associations de gauche, comme Moveon.org viennent de récolter 3 millions de dollars de promesses de dons pour financer la campagne primaire de tout candidat s’opposant aux sénateurs démocrates sortants qui auraient rejoint les rangs de l’opposition. Tous les sénateurs démocrates conservateurs ayant publiquement déclaré pouvoir bloquer le débat ont reçu notification de ces promesses de dons. A bon entendeur si vous voulez garder votre siège !

Il ne reste qu’à espérer que ces démocrates récalcitrants aient l’esprit de solidarité nécessaire et la fidélité à leur président pour ne pas bloquer cette loi et donner aux américains la même égalité de traitement, le simple droit de pouvoir de soigner.

*Socialism ou Socialist est en anglais américain l’équivalent de communiste voire de stalinien pour certains. **Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, démocrate de Californie considérée comme très à gauche sur l’échiquier politique. ***Harry Reid, leader de la majorité démocrate au Sénat, sénateur du Nevada. Il a récemment pris position pour une option publique après avoir reçu les pressions de sa base électorale. ****Filibuster. Obstruction parlementaire typiquement américaine utilisée pour bloquer un projet de loi. Un sénateur n’a qu’à intervenir "indéfiniment", pour parler politique ou pêche à la truite, toute suspension de séance ajourne le projet de loi en question. 60 sénateurs sont requis pour éviter toute obstruction.


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