Nouvelle attaque contre le droit des femmes au parlement iranien !
Selon le site « Change for Equality », plusieurs centaines de militants iraniens des droits des femmes ont dénoncé le projet de loi « de protection de la famille » qui est passé début février devant le Majlis (parlement iranien). Ils demandent également des lois qui renforcent les droits des femmes et établissent l’égalité entre les sexes. Une déclaration commune publiée pour dénoncer cette loi est reproduite ici.
Sur le web :
Change for Equality
« Peuple d’Iran, hommes et femmes, La Commission législative et juridique de la Commission de l’Assemblée Consultative Islamique du Parlement a récemment ré-introduit le projet de la prétendue « loi de protection de la famille » au parlement avec des changements des articles 23 et 25 et s’est précipité pour la faire ratifier par le parlement dans le contexte de chaos politique dans le pays. Cette loi est inefficace pour soutenir l’institution familiale et est bien en retrait par rapport à la loi ratifiée il y a près de 35 ans en 1974.
Selon cette nouvelle loi, la polygamie est légalisée et les hommes ont plus de pouvoir pour se remarier sans le consentement ou même informer la première épouse. Selon les nouveaux amendements, si la femme est atteinte d’une maladie incurable, ou a quitté le domicile pendant 6 mois ou est emprisonnée pour un chèque sans provision, son mari peut prendre une nouvelle épouse. Par contre, le droit des femmes au divorce est très limité.
En juillet 2007, un projet de cette loi fut introduit au parlement pour la première fois mais a dû faire face à une large contestation des militantes des droits des femmes et d’autres groupes pour les droits civils. Ces contestations se sont focalisées sur les articles 23 et 25, le premier qui renforçait les droits des hommes et le second qui introduisait une taxe sur la dote de la femme à son mariage et qui est la seule garantie et protection de la femme en cas de divorce ou de sévices. La nouvelle loi a supprimé cette taxe mais a divisé le montant de la dote en montant « conventionnel » et « non-conventionnel » sans introduire une somme, ce qui restreint le seul outil légal des femmes au sein de l’institution familiale. En 2008 des militantes féministes et militant(e)s pour l’égalité se sont mobilisé(e)s pour empêcher que cette nouvelle loi, baptisée alors « projet de loi anti-famille », soit adoptée par le parlement. Des brochures et déclarations furent rédigées et distribuées pour expliquer les implications d’un tel projet de loi. Une imposante coalition se constitua alors pour demander le retrait de ce projet de loi. Des militants se rassemblèrent en masse dans le parlement jusqu’à se que les articles 23 et 25 soient retirés du projet. Récemment, dans l’atmosphère de chaos et de tension créée après la dixième élection présidentielle, un groupe de parlementaires a une fois encore saisit cette occasion pour réintroduire cette loi. Dans une situation politique où la moindre protestation des femmes, des étudiants, des enseignants, des journalistes ou de n’importe quel citoyen iranien affronte les intimidations, les arrestations arbitraires, les procès inéquitables et de longues peines de prison, la ratification de ce projet de loi sera un nouveau coup porté à la paix et à l’équilibre de l’institution familiale. Chers iraniens, chers compatriotes, Nous croyons qu’à côté de la crise politique, les tendances patriarcales et totalitaires ont saisi l’occasion de porter un coup fatal à la paix relative qui existait au sein des familles iraniennes. Avec un regard en arrière, la révolution de 1979 fut par de nombreux aspects une régression pour les femmes iraniennes. Les femmes furent forcées de porter le voile et un code vestimentaire unique leur a été imposé. La loi de la famille qui protégeait en partie les femmes a été annulée et les femmes juges ont été révoquées de leurs postes. Bien que le pays fut proclamé être une république, les femmes ne peuvent pas se présenter à la présidence. L’archaïque loi de la lapidation à mort a été réintroduite et de nombreuses femmes ont été lapidées pour adultère. Les crimes d’honneur ont été autorisés au nom des mêmes lois archaïques. Les huit années de la guerre Iran-Irak ont offert une large opportunité à l’État pour utiliser d’un côté les femmes et leur travail dans différents secteurs où elles étaient nécessaires et de l’autre pour coudre leurs lèvres et leur interdire toute protestation lorsqu’elles étaient privées de leurs droits, rejetées de leur travail et confinées dans les cuisines. Curieusement pourtant, aucun des efforts planifiés ou inconscient et les politiques de l’État islamique pour confiner les femmes et les placer comme citoyennes de seconde zone n’a marché comme prévu. Peu à peu, et pendant des années, une nouvelle génération de femmes est née des décombres de l’ancienne génération avec les plus hautes attentes et aspirations. Des milliers de femmes, filles de la révolution, qui voyaient le monde avancer et les laisser en arrière, sont entrées dans les universités et l’éducation supérieure, ont avancé dans la société, ouvert le débat et affronté les bases mêmes de ce qui tentait si difficilement de les réduire au silence. L’État a fait tout ce qu’il a pu pour maintenir les femmes à « leurs places », et la réintroduction des articles 23 et 25 oubliés à propos de la polygamie inconditionnelle et l’ambiguïté sur la dote montrent la revanche et la hargne d’un groupe d’hommes contre les femmes d’Iran. Ces deux question, le droit des hommes à se remarier à l’insu et sans l’accord de la première épouse et la mise en place d’ambiguïté sur la dote donne aux hommes carte blanche pour profiter du système et priver les femmes de tout droit au sein de l’institution de la famille.
Nous souhaitons rappeler que les femmes ont joué un rôle crucial dans la situation politique créée après l’élection présidentielle de juin. Les femmes sont tout à fait conscientes qu’elles sont punies pour le rôle important qu’elles jouent en ébranlant les fondations du système, mais elles n’accepteront plus les inégalités qu’on leur impose que ce soit dans la sphère publique ou privée. Nous, groupe de militants des droits des femmes, défenseurs des droits humains et de la société civile déclarons notre forte opposition à la ratification de la loi « anti-famille », en particulier ses articles 23 et 25, et revendiquons la reconnaissance des droits humains des femmes par des lois égalitaires concernant les sexes par le parlement dont la responsabilité principale est de protéger les hommes et les femmes sur des bases égales. Nous appelons également les hommes et les femmes qui veulent la justice à montrer leur opposition et leur dénonciation de la ratification de la loi en signant cette déclaration ». De plus amples informations sur cette déclaration sont disponibles sur le site « Change for Equality ».



